Médiascope

Accueil  /  Concentration

Dossier · Pluralisme

Concentration des médias

Quelques groupes industriels détiennent une large part des grands médias français. Ce que recouvre exactement ce phénomène, ce que la loi prévoit pour protéger le pluralisme, et quels contre-pouvoirs existent : le point, sans parti pris.

Kiosque à journaux français présentant un large éventail de titres de presse
Une part importante des titres vendus en kiosque relève d’un petit nombre de groupes.

La concentration des médias désigne le fait qu’un nombre restreint de groupes ou de personnes contrôle une part importante des journaux, des chaînes et des radios d’un pays. En France, le phénomène est ancien, mais il s’est accentué : au fil des rachats, plusieurs grands titres nationaux sont passés sous le contrôle d’industriels venus du luxe, des télécoms, de l’armement ou du bâtiment. Comprendre ce mécanisme aide à lire l’information avec davantage de recul, sans pour autant préjuger du contenu de chaque rédaction.

Il faut distinguer deux choses. D’un côté, la concentration des médias est un fait économique : des groupes détiennent plusieurs supports à la fois. De l’autre, ses effets sur le pluralisme font l’objet d’un débat. Posséder un média n’implique pas d’en dicter chaque ligne, mais la question des conflits d’intérêts et de la diversité des points de vue se pose légitimement. Pour voir qui détient quoi, consultez notre enquête : qui possède les médias français.

1986la loi relative à la liberté de communication fixe les règles anti-concentration de l’audiovisuel.
2022création de l’Arcom, le régulateur chargé de veiller au pluralisme.
UEun règlement européen sur la liberté des médias renforce la transparence de la propriété.

La concentration des médias en France

Concrètement, la concentration médiatique prend plusieurs formes. La plus visible est la concentration horizontale : un même groupe détient plusieurs médias d’un même type, par exemple plusieurs chaînes de télévision. Il existe aussi une concentration multimédia, lorsqu’un acteur possède à la fois de la presse, de la radio et de la télévision. Enfin, la concentration verticale décrit le contrôle de toute la chaîne, de la production à la diffusion.

En pratique, le paysage français se résume à une poignée de groupes : Bolloré via Canal+ et Vivendi, Dassault avec Le Figaro, Arnault et LVMH pour Les Échos et Le Parisien, Drahi et Altice pour BFM TV et RMC, sans oublier le pôle public. À côté, des médias financés par leurs lecteurs maintiennent un autre modèle. Le schéma ci-dessous résume cette structure.

Qui contrôle quoi : la concentration en un coup d’œil

À gauche, le groupe et son actionnaire de référence ; à droite, quelques médias contrôlés. Le rouge signale la personne physique au sommet ; le bleu, le service public.

Canal+ / Vivendi-Bolloré Holding : Bolloré SE · pôle médias issu de Vivendi Vincent Bolloré
Médias contrôlés
Canal+CNewsEurope 1Prisma Media
Altice Média Holding : Altice (télécoms — SFR) Patrick Drahi
Médias contrôlés
BFM TVRMCBFM Business
Les Échos–Le Parisien Holding : LVMH (luxe) Bernard Arnault
Médias contrôlés
Les ÉchosLe ParisienRadio Classique
Groupe Dassault Holding : Dassault Group (aéronautique & défense) Famille Dassault
Médias contrôlés
Le FigaroLe Figaro Magazine
Audiovisuel public Propriété : l’État français · financement public  Service public
Médias contrôlés
France TélévisionsRadio Francefranceinfo

Cartographie indicative établie à partir d’informations publiques (rapports d’actionnariat, presse spécialisée). La structure capitalistique évolue ; vérifiez la situation à jour avant toute citation.

Ce que dit la loi sur le pluralisme

La France n’interdit pas la concentration, mais elle l’encadre. Le texte de référence est la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, parfois appelée loi Léotard. Elle fixe des seuils anti-concentration, principalement pour la télévision et la radio diffusées par voie hertzienne : une même personne ne peut, par exemple, dépasser certaines limites d’audience ou cumuler trop d’autorisations. L’objectif affiché est de garantir le pluralisme, un principe à valeur constitutionnelle.

Le contrôle est confié à l’Arcom, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, née en 2022 de la fusion du CSA et de la Hadopi. L’Arcom examine les opérations de concentration au regard du pluralisme et de l’intérêt du public, et veille à ce qu’il n’existe pas de déséquilibre manifeste et durable dans l’expression des courants d’opinion. Plusieurs travaux parlementaires et décisions du Conseil d’État ont, ces dernières années, précisé les conditions de ce contrôle. Un débat porte sur l’adaptation de ces règles, conçues pour l’audiovisuel hertzien, à un univers où l’information circule aussi sur Internet.

Les contre-pouvoirs

Face à la concentration, plusieurs garde-fous existent. À l’intérieur des rédactions, des chartes et des sociétés de journalistes visent à protéger l’indépendance éditoriale face à l’actionnaire. À l’échelle européenne, un règlement sur la liberté des médias (European Media Freedom Act) prévoit notamment davantage de transparence sur l’actionnariat, par exemple la publication des détenteurs de parts au-delà d’un certain seuil. S’y ajoutent des associations de critique des médias, le travail des chercheurs, et — c’est essentiel — l’existence de médias indépendants financés par leurs lecteurs plutôt que par un groupe industriel. La diversité de l’offre et la vigilance du public restent, au fond, le premier contre-pouvoir.

Questions fréquentes sur la concentration médiatique

Qu’est-ce que la concentration des médias ?

C’est le fait qu’un nombre restreint de groupes ou de personnes contrôle une part importante des journaux, chaînes et radios. Elle peut être horizontale (plusieurs médias du même type), multimédia (presse, radio et télévision) ou verticale (de la production à la diffusion).

La concentration des médias est-elle légale en France ?

Elle n’est pas interdite, mais encadrée. La loi du 30 septembre 1986 fixe des seuils anti-concentration, surtout pour la télévision et la radio hertziennes, afin de protéger le pluralisme. L’Arcom contrôle le respect de ces règles.

Quel rôle joue l’Arcom face à la concentration ?

L’Arcom, régulateur créé en 2022, examine les opérations de concentration au regard du pluralisme et de l’intérêt du public. Elle veille à ce qu’il n’existe pas de déséquilibre manifeste et durable dans l’expression des courants d’opinion à la télévision et à la radio.

Quels sont les contre-pouvoirs à la concentration ?

On peut citer les chartes et sociétés de journalistes au sein des rédactions, le règlement européen sur la liberté des médias qui renforce la transparence de l’actionnariat, les associations de critique des médias et, surtout, l’existence de médias indépendants financés par leurs lecteurs.